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Le Conseil Général se désengage du sevrage tabagique
Article mis en ligne le 28 février 2013

par David METE
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Par courrier daté du 10 janvier dernier, le Conseil Général vient d’informer les responsables des consultations de tabacologie de l’arrêt définitif de son dispositif d’aide au sevrage tabagique à partir du mois de juillet.

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Ce programme original avait débuté en 2001 sous la mandature de Jean-Luc Poudroux. Il permettait la gratuité des traitements nicotiniques par patch (timbre transcutané) pour celles et ceux qui souhaitaient s’engager dans une démarche de sevrage tabagique au sein de structures spécialisées en addictologie.
Après une première tentative d’arrêt du programme en 2011, le Conseil Général avait fait machine arrière suite au tollé provoqué par sa décision, mais en le restreignant aux minima sociaux et aux femmes enceintes.
Il est important de savoir que les traitements d’aide au sevrage tabagique ne sont pas remboursés en France, alors qu’ils le sont dans d’autres pays comme le Royaume-Uni, le Canada. Il n’existe qu’un forfait d’aide au sevrage tabagique qui nécessite pour tous, y compris les plus défavorisés, de pouvoir s’acheter les traitements pour des durées d’une à plusieurs semaines. Le forfait d’aide n’étant versé qu’à posteriori et ne couvrant environ que 2 à 3 semaines d’un traitement qui peut durer plusieurs mois. Pour cette raison, le programme du Conseil Général était particulièrement original, envié au plan national. Il a permis à des centaines de patients d’effectuer un sevrage tabagique et de sauver ainsi des centaines de vies. Dans un département comme le nôtre où plus de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, la décision de suspendre un tel programme est profondément regrettable et révoltante.
Le Conseil Général a d’importantes missions dans le domaine de la Santé, notamment dans la prévention : à ce titre la lutte contre le tabagisme est très clairement inscrite dans ses missions prioritaires.

Sa présidente, Nassimah Dindar, a fait depuis plusieurs années des choix pour le moins surprenants, en totale opposition à ses obligations en matière de santé publique :

  • En leader du lobby pro-tabac de l’Outre-Mer, elle a mené en 2011 une lutte acharnée contre l’amendement Payet qui visait à mettre en place une régulation de la vente du tabac ;
  • Elle a mis en doute publiquement l’intérêt de cette régulation : opinion en totale opposition avec la Convention Cadre de Lutte Anti-Tabac (CCLAT) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) établie par des experts internationaux et ratifiée par la France ;
  • Elle a décidé la mise en place d’un programme de lutte contre le cannabis « SOS-Zamal » de manière arbitraire, sans consultation des experts locaux ou nationaux en matière d’addictologie. Un programme redondant avec le dispositif déjà en place qui comprenait des lignes d’écoute et des centres de consultations dans toute l’île.

La collectivité ne semble guère se soucier de ses multiples conflits d’intérêts. S’engager contre la régulation de la vente du tabac signifie indirectement cautionner la vente au détail, à crédit et la vente aux mineurs, dans la mesure où l’application de la loi est difficile à contrôler vu la multiplicité des points de vente. Mettre en place un dispositif « SOS-Zamal » en trompe l’œil qui a coûté près de 100.000 €, redondant avec l’existant, c’est gaspiller de l’argent public qui aurait pu permettre la poursuite de ce programme d’aide au sevrage tabagique.
Aujourd’hui plus que jamais, la vente du tabac profite largement aux finances de la collectivité. Pour assurer ses recettes, elle n’a aucun intérêt à aider les réunionnais à s’arrêter de fumer, ni à vouloir restreindre le nombre de point de vente. Elle perçoit plus de 160 millions d’euros annuels de taxes sur le tabac et ce chiffre est en augmentation. Cela représente plus de 10 % de son budget annuel (1.5 milliard d’€).
Environ 50.000 € annuels permettaient de financer ce programme d’aide au sevrage tabagique utile pour la santé des réunionnais les plus modestes ; on estime qu’il a permis de sauver 1.500 vies en 10 ans d’existence. Une somme dérisoire au regard du volume perçu (moins de 0.0003 % !!), dérisoire au regard d’un certain nombre de gabegies dont la collectivité est coutumière. Nous avons rencontrés ses représentants en date du 1er février ; ils sont demeurés inflexibles.
« Nous n’avons aucune obligation de réaliser ce type de programme », « C’est la responsabilité de l’Etat ». Certes, mais il existe par-contre une obligation d’ordre morale, sans quoi la collectivité se comporte en vulgaire « dealer » de la drogue la plus meurtrière au monde : elle fixe les prix du tabac, elle fait tout pour préserver la vente la plus large du tabac, elle perçoit des recettes de plus en plus exorbitantes qui composent pour plus de 80 % le prix du tabac en ne se sentant redevables d’aucun devoir pour ses victimes, près de 600 décès par an à la Réunion : jugez vous-même.

Points de repère
A la Réunion, comme dans les autres départements d’Outre-Mer, c’est le Conseil Général qui fixe le montant des taxes du tabac et qui en perçoit les recettes. Ces recettes sont affectées à son budget. En métropole, l’argent des taxes est perçue par l’Etat et affectée aux dépenses de santé
Le Conseil Général de la Réunion perçoit ainsi plus de 160 millions d’€ par an, soit plus de 10 % du budget de la collectivité qui est estimé à 1.5 milliard d’€ par an.
Le tabac fait près de 560 morts tous les ans à la Réunion.
La moitié des fumeurs décèdent des suites de leur tabagisme.
Le programme « SOS-Zamal » dont la mise en place a coûté près de 100.000 € se poursuit . Aucune donnée n’existe sur la mortalité liée au zamal à la Réunion.
Une réunion est envisagée par l’Agence Régionale de Santé (ARS) afin de trouver des alternatives à ce programme.


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